Volume: 10 / N°: 01 June (2026), p 120-130
La traduction didactique français–arabe comme procédé d’enseignement : quelle méthode à adopter en classe de langue ?
French–Arabic Didactic Translation as a Teaching Procedure: Which Method Should Be Adopted in the Language Classroom?
Dr AYAD Abderrahmane
Date de réception: 28/02/2026 Date d’acceptation: 23/05/2026 Date de publication02/06/2026.
Résumé
L’article examine l’apport de la traduction, surtout littérale, dans l’enseignement du français langue seconde. Il analyse dix énoncés selon la lexicologie, la sémantique et la syntaxe, avec deux grilles d’expérimentation. L’étude compare les correspondances et écarts entre systèmes linguistiques. Les résultats montrent que la traduction littérale améliore la compréhension des structures en L2. Elle est ainsi considérée comme la méthode la plus efficace pour l’enseignement des langues secondes.
Mots-clés : traduction littérale, traduction libre, linguistique, langues, enseignement.
Abstract:
The article examines the contribution of translation, especially literal translation, in teaching French as a second language. It analyzes ten statements according to lexicology, semantics, and syntax, using two experimental frameworks. The study compares correspondences and differences between linguistic systems. The results show that literal translation improves the understanding of structures in a second language (L2). It is therefore considered the most effective method for teaching second languages.
Keywords: literal translation, free translation, linguistics, languages, teaching.
Introduction
À notre époque entièrement ouverte sur Internet et les médias sociaux favorisant les contacts linguistiques et culturels, l’enseignement des langues, de manière générale, et l’enseignement des langues secondes, de manière particulière, requiert un bon maniement de plusieurs langues par les enseignants. Les classes de langues 1 et 2 étant des lieux propices à la pratique linguistique et l’interaction langagière entre enseignant/apprenants/enseignant, et apprenants/apprenants. Les enseignants de par leur rôle central de veiller au bon déroulement de l’activité pédagogique, devraient également garantir la réussite de l’activité inter- communicative en salle de cours.
Partant de ce principe, le recours à la traduction L2/L1 (thème/version) s’avèrerait être un procédé didactique pertinent. L’objectif d’une telle démarche d’enseignement est non plus seulement d’atteindre des niveaux d’acquisition linguistique satisfaisants, et d’aider les apprenants à découvrir de nouvelles réalités culturelles, mais aussi de pouvoir, et ensemble, enseignants et apprenants, disséquer les structures linguistiques profondes de la langue. Leurs fonctions métalinguistique et méta-langagière seront d’un appui capital pour la compréhension du système linguistique de la langue d’apprentissage.
De ce fait, la traduction en tant qu’opération interlinguistique et interculturelle étant ipso facto exposée aux phénomènes de bilingualité et de biculturalité et aux faits qui en résultent, qu’en est-il alors de sa pertinence à renforcer l’enseignement des langues ? Quelle méthode ou stratégie traductologique serait la plus efficace à appliquer en salles de classe ? Les particularismes linguistiques inhérents aux différentes représentations de la langue (lexique, grammaire, syntaxe, phonétique…) pourraient-ils être mieux assimilés par les apprenants si l’on fait recours à la traduction ? Les référents culturels des L1 et L2 seraient-ils en mesure d’être reproduits par le truchement de la traduction lors des cours ? La traduction libre, est-elle capable de rendre idéalement les intentions de l’énonceur dans sa L1 telles que le receveur les conçoit dans sa L2 ? La méthode littérale permet-elle de recréer les mêmes sémantismes utilisés par le locuteur dans sa L1 ? Les universaux linguistiques sont-ils plus visibles via la traduction littérale ou la traduction libre ?
Autant de questions que nous traiterons dans la présente publication, d’un point de vue linguistique, et auxquelles nous tenteront d’apporter des réponses suivant une démarche empirique.
1. Bilingualité et traduction au cœur des recherches linguistiques et didactiques
Le sujet de la traduction dans l’enseignement des langues a été mis à l’épreuve et débattu depuis les années 80. Or, les points de vue sur son efficacité demeurent divergents. Parmi les théoriciens qui ont souligné l’apport efficace d’un tel procédé, nous citons Michel Ballard, Jean-René Ladmiral et Jean-Claude Delisle. Le premier, soutenant une telle pratique, juge que « la Traduction dans l’enseignement des langues est une version moderne des humanités » ; et le second s’interroge s’il : « ne faudrait-il pas en somme que nos élèves sussent parler, comprendre, lire et écrire mais aussi traduire ? » (Ladmiral, 1979 cité par Kebaili & Hadjoui, 2022 : 211-224).
Par ailleurs, la relation indissociable entre la bilingualité, (donc les sociétés bilingues dont sont issus les apprenants) et la traduction a elle aussi été soumise à l’examen depuis bien longtemps par de grands linguistes et traductologues. De Michel Bréal, dans son ouvrage La sémantique à Georges Mounin dans son livre Les problèmes théoriques de la traduction, les réflexions ont le plus souvent porté sur les influences mutuelles respectives aux deux langues en interaction, source et réceptive, sur les plans du sens des mots et des phrases à traduire, que cela relève du niveau dénotatif, autrement ce que l’on appelle en lexicologie le sens propre ou littéral, ou ce qu’il se rapporte au volet connotatif, c’est-à-dire toutes les notions figuratives ou culturelles à proprement parler.
S’ajoute à ce paradigme bilinguistique, la dimension interculturelle dans l’enseignement des langues. Phénomène sociolinguistique qui répond au même titre que le contact des langues aux contact des cultures, et qui, tel le premier, est en influence perpétuelle par l’intervention de l’Internet, qui gagne chaque jour davantage de terrain dans la sphère socio-didactique des apprenants. Cette influence se voit de plus en plus s’accroitre dans les pays bilingues, plurilingues et pluriglossiques, tel que c’est le cas en Algérie.
La traduction est non seulement une manifestation de bilinguisme, mais également un phénomène d’interculturalité et de biculturalité. Chaque langue est intrinsèquement porteuse de la culture qui lui est associée. Lors de l’opération de traduction, on est confronté à deux systèmes linguistiques distincts et aux cultures en constante interaction qu’ils véhiculent. (Ayad, 2024 : 399-416).
Rappelant cette dualité langue/culture dans l’exercice traductif, et dans lequel le traducteur se trouve sans cesse confronté aux influences mutuelles de la L1 et de la L2, Georges Mounin écrit :
Pourquoi étudier la traduction comme un contact de langues ? Tout d’abord, parce que c’en est un. Bilingue par définition, le traducteur est bien, sans contestation possible, le lieu d’un contact entre deux (ou plusieurs) langues employées alternativement par le même individu, même si le sens dans lequel il « emploie » alternativement les deux langues est, alors, un peu particulier. Sans contestation possible non plus, l’influence de la langue qu’il traduit sur la langue dans laquelle il traduit peut être décelée par des interférences particulières, qui, dans ce cas précis, sont des erreurs ou fautes de traduction, ou bien des comportements linguistiques très marqués chez les traducteurs : le goût des néologismes étrangers, la tendance aux emprunts, aux calques, aux citations non traduites en langue étrangère, le maintien dans le texte une fois traduit de mots et de tours non-traduits. La traduction, donc, est un contact de langues, est un fait de bilinguisme. (Mounin, 1963 : 06).
2. Délimitation du corpus
Notre corpus est constitué d’énoncés écrits en français et traduits en arabe dans les deux approches sourcière (littérale) et cibliste (libre). Nous soumettrons ces énoncés à une analyse linguistique quadrichotomique (lexicologie, sémantique, grammaire, morphosyntaxe), afin d’aboutir à la fin, et à la suite de l’interprétation des résultats, à une réponse à la question principale posée en sous-titre dans l’intitulé, et de résoudre aussi les questions émises dans la problématique. Précisons à présent que le corpus se concentre sur 10 énoncés. Cinq sont construits par nous-même, et cinq autres sont des proverbes ou des expressions idiomatiques. La traduction en arabe de chaque énoncé sera réalisée dans les deux approches littérale et libre. Le premier énoncé sera traduit dans la première et le deuxième dans la seconde. Nous désignerons chacune d’elles par les abréviations LT et LB.
Les mots ou les unités lexicales ne pouvant être réellement comprises en dehors des relations coexistant avec les autres unités lexicales dans l’environnement phrastique. Autrement, chaque mot doit être nécessairement traduit dans le système des relations qui le lie à ses co-occurrents. Car, ce système, qui est celui des signes, ou des notions plus simplement, tellement sa nature structurelle, joue un rôle de cause à fait, de telle sorte que quand on a tel mot dans tel endroit de l’énoncé ou de la phrase, précédé et suivi de tels autres mots, son contenu sémantique sera chargé, contextuellement, de manière à indiquer un sens bien précis. La linguistique et les sciences du langage ont bien démontré et expliqué ce fait de lexique. (Ayad, 2024).
3. Le corpus
- Énoncés personnels
- : Je ne vais pas tarder à
LT : لن أتأخر في الدخول :LB سأرجع باكرا
- : L’élève parle au moment où l’enseignant explique le
LT : يتكلم التلميذ بينما كان المعلم يشرح الدرس LB : لا يهتم التلميذ بشرح المعلم
- : Attention, tu vas tomber malade ! Dit le père à sa petite
LT : انتبهي، ستمرضين؛ قال الأب لبنيته LB : حذر الأب طفلته من المرض
- : La rue piétonnière sera archicomble dès demain
LT : شارع الراجلين سيكون مكتظا ابتداء من صباح الغد LB : حي المشاة سيمتلئ عن آخره من الغد صباحا
- : La porte est fermée à
- Proverbes et expressions
- 6 : La nécessité est la mère de l’invention.
- 7 : Ne jugez pas un livre à sa couverture
LT : الباب مغلق للأبد LB : لن يفتح الباب أبدا˝
LT : الحاجة أم الاختراع LB : الأزمة تلد الهمة
LT : لا تحكم على الكتاب من غلافه
- 8 : Héros malgré lui
- 9 : Tel père, tel fils.
LB : لا تحكم على شخص من كلامه، فالكلام يمكن أن يكون مثالي˝ا
LT : بطل هو رغما عنه مُكْرَه أَخوكَ لا بَطَل
LB : كما يكون الأب يكون ولده الإبن سر أبيه
- 10 : Après la pluie, le beau temps
4. Analyse du corpus
LT : بعد توقف المطر؛ يتحسن الطقس LB : ما بعد الضيق إلا الفرج
Dans les deux tableaux qui suivent, nous examinerons les énoncés sélectionnés (français/arabes) en effectuant des analyses contrastives sémantique, grammaticale, syntaxique et morphologique. L’objectif est d’identifier la méthode de traduction la plus pertinente pour l’enseignement des langues secondes. Retrouver et évaluer les universaux linguistiques existant entre les énoncés originaux et traduits, est un paramètre principal pour mesurer la pertinence de chacune des deux méthodes traductives.
La dernière colonne de chaque tableau (disparités par colonne) statuera d’un point de vue quantitatif sur les similitudes et dissimilitudes linguistique entre lesdits énoncés. Les chiffres qui en seront obtenus mettront en exergue l’efficacité de chaque méthode (littérale/libre).
- Tableaux des analyses linguistiques
- Les énoncés personnels : comparaison des traductions littérale et libre
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | |
| 1 | Trad.Litt. | X | Phrasesverbales négatives | Futurimmédiat vs présent de l’indicatif | 8 morphèmes≠ 5
2 verbes à l’infinitif vs Présent + nom |
4 |
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | |
| Trad.Libre | TraductionPar antonymie | Phrasenégative vs phrase déclarative | Futurimmédiat vs
futur simple |
Advs. Nég. ≠ 08 morphèmes
≠ 4 2 verbes à l’infinitif vs 1 v. présent |
6 | |
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | ||
| 2 | Trad. Litt. | X | Phrases verbales déclaratives | 2 v. présent vs 2v. passé + 2 v. présent | 11 morphèmes ≠10
3 dét. + 3 N. masc. vs 3 dét. + 3 N. masc. |
3 | |
| Trad. Libre | Traduction par antonymie | Phrase affirmative vs phrase négative | 2 v. présent vs 1v. présent + N. mas | 11morphèmes
≠ 7 3 dét. + 3 N. masc. vs 2 dét. + 2 N. masc. |
6 | ||
| 3 | Trad.Litt. | X | Discoursrapporté | Mode impératif≠ mode | 12 mroph. ≠9 | 5 | |
| direct ≠ | impératif | Expression | |||||
| discours | Futur immédiat | impérative | |||||
| rapporté | ≠ futur proche | (attention) ≠ | |||||
| direct | Présent (dit) ≠ | v. imp + | |||||
| Phrase | prés. | particule du | |||||
| imperative + | يfém. | ||||||
| exclamative | Futur | ||||||
| vs Phrase | immédiat | ||||||
| imperative + | sans | ||||||
| exclamative | distinction | ||||||
| de genre vs | |||||||
| futur proche | |||||||
| + particule | |||||||
| du fém. ن | |||||||
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | ||
| Trad.Libre | Interprétation | Discoursrapporté | Modeimpératif ≠ v. | 12 morph. ≠ 6Expression | 7 | ||
| direct ≠ | passé | impérative | |||||
| discours | (attention) ≠ 0 | ||||||
| rapporté | Futur immédiat | ||||||
| indirect | sans distinction | ||||||
| Phrase | de genre vs 0 | ||||||
| imperative + | |||||||
| exclamative | |||||||
| vs 0 | |||||||
| 4 | Trad. Litt. | X | Ph. verbale + déclarative ≠ ph. verbale déc. | Dét. + n. f. sing. + adj. +v. (futur) + adj. (composition par soudure) + adv. + n. m. sing. ≠ n. m. sing. + dét. +
n. m. pl. + v. (futur proche) + statif + adv. (temps) + prép. (من) + n m. sing. indéf. + n. m. sing. Dét |
12 morph. ≠ 12 (Même formants que dans la colonne gram.). | 4 |
| Trad. Libre | équivalent | Ph. verbale + déclarative ≠ ph. verbale déc. | Dét. + n. f. sing. + adj. +v. (futur) + adj. (composition par soudure) + adv. + n. m. sing. ≠ n. m. sing. + dét. +
n. m. pl. + v. (fut. Proche) + prép. (عن) + n.m + pro. anaph. (ه) + prép. (من) + dét. + n. m. sing. + statif |
12 morph. ≠ 13 (Même formants que dans la colonne gram.). | 6 |
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | |
| 5 | Trad. Litt. | X | Ph. verbale+ décl ≠ ph. nominale + déc. | Dét. + n. f. sing.+ copule + adj. fém. Sing. + prép. + adv. ≠ dét. + n. m. sing. + adj. + prép (ل) + n. m. sing. | 7 morph. ≠ 5(Même détail que dans la colonne gram.). | 4 |
| Trad. Libre | équivalent | Ph. verbale+ décl ≠ ph. verbale + déc. | Dét. + n. f. sing.+ copule + adj. fém. Sing. + prép. + adv. ≠ adv. nég. (لن) +
v. (voix pass. A valeur future) + dét. ° n. m. sing. statif ou adv. de temps (أبدا) |
7 morph. ≠ 7 (Même analyse que dans la colonne gram.). | 6 | |
- Les énoncés proverbiaux : comparaison de traductions littérale et libre
| N° | Discordance de sens | Universaux | Universaux | Universaux | Disparités |
| Énoncés | syntaxiques | grammaticaux | morphologiques | par colonne | ||
| 6 | Trad. Litt. | X | Phrase verbale + déclarative≠ phrase nominale | 1 aux. prés. (copule) ≠ 0 v. | 8 morphèmes ≠ 5 3 n. f. aing. avec dét. (art. def.) ≠ 1n. f. sing. avec dét. (art. déf.) + 1
n. m. avec art. déf. |
4 |
| Trad. Libre | Équivalen t partiel | Phrase verbale + déclarative≠ phrase v. déc. | 1 aux. prés. (copule) ≠ 1 v. prés. | 8 morphèmes ≠ 5 3 n. f. avec dét. (art. def.) ≠ 2 n. f. sing. | 10 | |
| 7 | Trad. Litt. | X | Ph.v. + imprétaif ≠ ph. v. + nehy (interdiction) | Mod imper. + forme v. prés. (3ème pers. Du pl) ≠ forme du nehy + v. prés. | 9 morphèmes ≠ 9 1 n. m. sing. avec dét (art. ind.) + 1n. fém. sing. avec poss. fém ≠ 2 n. mas. Sing avec dét. (art. déf.) +
poss. masc. |
2 |
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | |
| Trad. Libre | Faux équivalent s(Livre ≠
شخص Couvertur )كلام ≠ e + interpretat ion + ajouts (la seconde séquence de l’énoncé) |
Phrase verbale + impératif+négative ≠ phrase nominale + imprétaif + négative | Mod imper. + forme v. prés. (3ème pers. Du pl) ≠ v. prés.Sing. | 9 morphèmes ≠17
1 nom m. avec dét. (art. indef.) ≠ 1 n. m. avec dét. (art. indéf.) 1 n. f. (couverture) ≠ 0 1 n. m. (livre) ≠ 3 )شخص+ كلام + كلام( 1 n. inanimé (livre) ≠ 1 n. animé (شخص) |
10 | |
| 8 | Trad. Litt. | X | Ph. n. + décl. ≠ ph.n. + déc. | Adj. masc. sing+ prép. + pron. Pers. Sing. masc. ≠ adj. masc. sing. + pron. Pers. Masc. song (délocutif: هو) + un statique (رغما) + prép. (عن) + pron. anaphorique (ه) | 3 morphèmes ≠ 6 (Même analyse que dans la colonne gram.) | 3 |
| Trad. Libre | Faux équivale ntSens contraire | Ph. n. +décl ≠ ph.
n. + déc. + négation |
Adj. masc. sing+ prép. + pron. Pers. Sing. masc. ≠ adj. Masc. sing. + n.
m. sing. + pron. Pers. Délocutif (هو) + particule negative + n. m. sing. |
3 morphèmes ≠ 5 (Même analyse que dans la colonne gram.) | 6 |
| N°Énoncés | Discordance de sens | Universaux syntaxiques | Universaux grammaticaux | Universaux morphologiques | Disparités par colonne | |
| 9 | Trad. Litt. | X | Ph. nominale + Déclarative≠ ph. verbale + ph. déc. | Adj. m. sing (tel) + n. m. sing. + Adj. m. sing (tel) + n.m. sing. ≠ comparatif (prép. ‘ك’ + pronom relatif
‘ما’) + v. prés. + n. m. sing. + v. prés. + n. m. sing. |
3 morphèmes ≠10
(Même analyse colonne gram.) |
6 |
| Trad. Libre | Équivalen t partiel | Ph. nominale + Déclarative≠ ph.
nominale + ph. décl. |
Adj. m. sing (tel) + n. m. sing. + Adj. m. sing (tel) + n.m. sing. ≠ n. m. sing. + n. m. sing. + n. m. sing. pron. anaphorique (ه) | 4 morphèmes ≠ 5 (Même analyse colonne gram.) | 3 | |
| 10 | Trad. Litt. | X | Ph. nominale + Déclarative≠ ph. verbale + ph. décl. | Prép. + dét. + n.f. sing + dét. Adj. m. sing. +
n. m. sing. ≠ 1 adv. temps (بعد) + déverbal + v. prés. + n. m. sing. |
6 morphèmes ≠ 8 (Même analyse colonne gram.) | 6 |
| Trad. Libre | Équivalen t partiel | Ph. nominale + Déclarative≠ ph.
nominale + Déclarative |
Prép. + dét. + n.f. sing + dét. Adj. m. sing. +
n. m. sing. ≠ 1 adv. nég. (ما) +1 adv. temps (بعد) + n. m. sing. prép. De restriction (إلا) + n. m. sing. |
6 morphèmes ≠ 7 (Même analyse colonne gram.) | 4 | |
5. Annotations et interprétations des résultats
- La face structurelle des énoncés
D’un point de vue systémique, les énoncés traduits en arabe dans la traduction littérale, permettent d’appréhender les formations des mots et les formulations des phrases. L’opération systématique du mot à mot offre un aperçu généralisé des structures énonciatives qui forment elles-mêmes les statuts des phrases (déclarative, verbale, etc.), puis un aperçu détaillé de chaque composant de ces
structures (lexies simples, lexies composées1, particules, formants morphématiques variés, etc.).
Une observation des données enregistrées dans les différentes colonnes met l’accent sur tous types de ressemblances et dissemblances, notamment dans les deux colonnes grammaticale et morphologique.
Une telle procédure traductionnelle donne la possibilité de mieux expliquer aux apprenants les fonctions des formants des phrases (verbes, adjectifs, préposition…). Les prérequis qu’ils en ont de leur langue 1 est ici un mécanisme simplificateur de la compréhension et de la mémorisation des mots (vocabulaire) et des règles (grammaire, syntaxe).
- La face notionnelle
La colonne « écarts de sens » fait état d’une identité de sens entre les énoncés dans les deux langues 1 et 2. Ces sémantismes identiques sont garantis par la traduction littérale. La traduction libre a cependant effacé ces identités de sens. Elles sont remplacées par des équivalents faux et partiels.
Le contexte est un standard de sens à ne pas négliger. C’est-à-dire que le sens à reconstruire en traduction qu’on aura prélevé d’un dictionnaire, doit être déterminé selon le contexte dans lequel le mot apparaît. Et, puisque l’usage veut que les mots de la langue changent de sens à chaque fois l’emploi dans le contexte est différent, l’enseignant-traducteur décèlera le sens « exact » du mot en contexte en analysant l’environnement lexico-sémantique puis en déterminant son équivalent, par sa sélection dans la liste proposée par le dictionnaire, s’il en donne un, sinon par la reconstruction du sens par son propre effort.
- La face extralinguistique : les éléments culturels
Les résultats montrent que la plupart des écarts langagiers et stylistiques rencontrés dans les énoncés traduits dans la traduction libre sont dus au phénomène des équivalences. Nous parlons de phénomène des équivalences, car l’enseignant-traducteur, à un passage de l’acte traduisant s’arrête d’être traducteur et verse dans la culture de l’Autre, pour ainsi devenir auteur, ou, plus précisément, co-auteur ou 2ème auteur (le premier étant l’auteur du texte source). Et c’est justement à ce niveau-là que l’enseignant-traducteur libre quitte sa posture d’effacé et de passeur. Le traducteur étant par définition un effacé lors de son exercice. Il se place alors dans la posture d’un créateur de texte ou d’énoncé ou d’un écrivain et non plus d’un « ré-écrivain ». Car, la traduction, n’est, stricto sensu, pas une écriture, mais une réécriture ; c’est une reconstitution, voire une reproduction intégrale dans une langue B d’un texte préalablement constitué dans une langue A. Le texte écrit préexiste au texte traduit. Celui-ci lui est subordonné. Les grilles expérimentales allouées à la traduction libre montrent un nombre accru d’écarts de sens avec le texte source par rapport à celui de la traduction littérale.
- La traduction littérale au profit de l’enseignement des langues secondes
Notre étude laisse voir que la traduction littérale, fondée sur la reconstitution du sens contextuel, témoigne des compétences linguistiques et métalinguistiques de l’enseignant. Sachant qu’il est question d’une reproduction (c’est une traduction) ; ne pas transgresser l’usage syntaxique de la langue d’arrivée (la langue arabe pour notre cas) est une condition de prime abord. Car il garantit la compréhensibilité du texte traduit et donne de plus amples chances à sa transmissibilité. Son acceptabilité par les apprenants sera ainsi viable.
La stabilité du système syntaxique de la langue 1 sous-tend en ce sens la stabilité du texte traduit littéralement. Une fois les contraintes syntaxiques sont dépassées, la traduction littérale remplacera toute autre approche de traduction. La syntaxe étant en fait le plus grand obstacle que rencontre le traducteur qui exerce dans la
traduction littérale. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que certains praticiens optent pour la traduction libre. Cependant, cette dernière, une fois appliquée au texte A, occasionne une modification profonde au niveau des deux faces structurelle et notionnelle, tel qui qu’il a été démontré plus haut. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que les changements opérés sur le texte A touchent aux différents secteurs de la langue : syntaxe, sémantique, lexique, grammaire…
L’enseignant a donc la responsabilité de reproduire, outre les sens du texte de départ, tous les éléments linguistiques et extralinguistiques, notamment culturels. Conclusion
La traduction est désormais un outil pédagogique indispensable dans les classes de langues. Les approches contrastives auxquelles l’enseignant aura recours dans son cours, lui permettront d’exposer à ses apprenants les détails des formants linguistiques de la langue d’apprentissage en les comparant à ceux de la langue maternelle, ou de n’importe quelle autre langue déjà acquise.
Cela étant posé, les résultats de notre expérimentation rendent compte de la grande aptitude de la méthode littéraliste au décorticage de la L2 par le biais de l’analyse de la L1. Les données observées en analysant le corpus identifient les points communs ou différentiels entre le français et l’arabe à plusieurs niveaux d’analyse (lexique, sémantique, grammaire, syntaxe, etc.). Plusieurs universaux linguistiques sont ainsi dégagés. Ce fait traductologique appuyant l’acte pédagogique montre que la traduction littérale est plus à même de faciliter l’enseignement/apprentissage des langues en disséquant leurs systèmes. S’agissant de la démarche libre de la traduction, celle-ci serait plutôt plus efficace pour l’enseignement de la stylistique, la poésie et la rhétorique. Les données obtenues de notre analyse permettent d’entrevoir un tel constat. Or une étude à mener spécialement sur ce sujet est seule capable de trancher sur ce point. Sujet qui pourrait frayer de nouvelles pistes de recherche.
Notes
- Selon Bernard Pottier, tel que cité par François Gaudin et Louis Guespin, (Initiation à la lexicologie française, de la néologie aux dictionnaires, pp. 214- 215) : Une lexie simple serait l’équivalent du mot, comme par exemple le mot : fleur, et une lexie simple est égale à un mot composé comme : chou-fleur.
Liste bibliographique
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