Repères sur les débuts de la linguistique et les efforts des premiers linguistes arabes
معالم حول البدايات الأولى للغويات وجهود اللغويين العرب الأوائل
La pensée linguistique existait depuis l’antiquité, telles que le montrent les réflexions de Platon (au 5ème S. avant l’ère commune) sur la nature de la langue, et même bien avant Platon, il y eut aussi (au 12ème S. avant J.) les préoccupations religieuses ayant la langue pour matière. C’était une tradition très lointaine des grammairiens hindous, qui s’attelèrent à la description minutieuse de la langue sacrée de l’Inde ancienne : le sanskrit, et dont les Huit Livres de Panini en témoignent.
Du côté des Arabes également, d’innombrables travaux ont été réalisés depuis la fin du 7ème siècle avec notamment le lexicographe et métricien El Khalîl Ibn Ahmed El Farâhîdi (718-791), qui confectionna le premier dictionnaire arabe dans l’histoire musulmane, et qu’il nomma Kitêb El ‘Eyn (Le livre source). Il a été publié en imprimerie à Bagdad en Irak entre 1980 et 1985 et comportait alors 8 volumes. El Khalîl est aussi connu pour être le premier savant à avoir initié la métrique arabe en tant que discipline autonome, qui traite des rythmes poétiques. Et avant El Khalîl Ibn Ahmed, il y eu un éminent savant, Aboû El Aswed Ad-Dou’èlî (603/688), père de la grammaire arabe et c’est à lui également que revient le mérite d’avoir introduit les voyelles ou diacritiques sur les lettres arabes, afin de préserver une prononciation correcte des sons et des mots. Son œuvre s’inscrivant dans le domaine de la phonétique articula-toire et de l’orthoépie lui vaut en fait d’être le premier phonéticien arabe. D’autres grands noms de linguistes ayant servi la langue ont été aussi enregistrés par l’histoire, tels que Ibn Mêlik (711/795), El Kèssê’î (737/805), Sîbèwèyhi (765/796), El Moubèrrad (825/899), etc.
Au fait, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas qu’il y ait eu dans l’histoire des langues une communauté linguistique ayant travaillé sa langue à tous les plans (lexique, phonétique, grammaire, rhétorique, poésie, etc.) comme l’a fait la communauté musulmane, autant les linguistes arabes et non arabes. L’investigation de la langue a en fait commencé bien avant l’ère islamique, notamment en poésie, en lexique, en rhétorique et en rythmique. Mais il est clair que la venue de l’islam a eu un impact déterminant et pérenne sur l’étude linguis-tique. La langue arabe est la langue de Révélation du Qour’ên (« Coran »), qui est faite dans une langue divine hors typologie, lui a en effet conféré un statut particulier, ce qui a, ceci étant, incité les savants à s’y intéresser profondément.
Or, la linguistique, même si le nom est apparu pour la première fois en français en 1721 (lexicalisé dans le dictionnaire d’Antoine Furetière), il n’est attesté par l’Académie française qu’en 1835. Cependant, son usage comme concept, nommant une discipline scientifique et moderne, où l’on revendique le paradigme empirique dans l’exploration du langage et des langues, n’a vu le jour qu’avec l’enseigne-ment de Saussure ; puis il a officiellement pris effet tout justement avec la publication de son ouvrage posthume Cours de linguistique générale, en 1916. De fait, c’est au sein du courant de la grammaire historique et comparée, durant le 19ème siècle, et plus exactement de 1816 à 1870, que nait le concept de linguistique ; et c’est à cette époque-là qu’ont apparu les premières revendications d’ordre scientifique.
Dr Abderrahmane AYAD, Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Sciences et pratique, Béjaia, 2025, pp. 266-268.
Mél : prof.ayadabderrahmane@gmail.com
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