Règle pour la traduction des pronoms personnels
Au nom d’Allâh, et Louange à Allâh.
J’ai publié dans un groupe universitaire de traduction un texte dans lequel j’ai cité ce noble verset :
((قَالَ أَنَا خَيْرٌ مِّنْهُ خَلَقْتَنِي مِن نَّارٍ وَخَلَقْتَهُ مِن طِينٍ)).
Et j’ai repris la traduction du professeur Hamidullah, qu’Allah lui fasse miséricorde, après l’avoir légèrement modifiée dans un mot :
« Il dit : “Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu, tandis que Tu l’as créé d’argile !” » La sourate Sād, v. 76.
Puis, quelqu’un a commenté en disant qu’il serait préférable d’utiliser le pronom « vous » au lieu de « tu ».
Je lui ai alors répondu ce qui suit (avec un léger ajout) :
Le traducteur traduit les sens et transpose la tournure, la dimension stylistique ou culturelle (et, dans la traduction du Qour’ên, il transpose la tournure) de la langue de départ (l’arabe) ; et non pas la dimension ou le style ou la tournure de la langue d’arrivée (le français) que le traducteur croit lui correspondre, c’est-à-dire : il croit que tel style ou telle tournure équivaut à tel ou telle autre.
Dans la langue de la Révélation (le Qour’ên et la Sounna), il n’existe rien de tel que « vous » pour s’adresser à une seule personne…
L’usage de « vous » pour le singulier relève de la culture de la langue française, et n’a aucun lien avec le respect dans la langue arabe religieuse (de la Charia), qui est la langue de la Révélation.
Le pronom « vous », dans ce contexte, est culturel et non réel ; ce n’est plus un pronom grammatical.
Le « vous » est culturel et non grammatical, quand on l’utilise pour s’adresser à une seule personne.
Il n’est donc nullement correct d’adapter le discours du Qour’ên à la culture de la langue française.
C’est une erreur grave, et cela constitue une modification de la réalité des sens du Qour’ên.
Le traducteur fidèle traduit les formules religieuses, les styles du Qour’ên, ainsi que la dimension culturelle et les idées dans les textes arabes tels quels ; il ne cherche pas ce qu’il pourrait imaginer comme équivalent ou correspondant dans la langue de traduction (le français dans notre cas).
La traduction par l’« équivalence » est une supercherie qui nous vient de l’Occident.
La traduction est un transfert, une transposition telle quelle, non une équivalence.
L’équivalence n’est pas de la traduction, et ce n’est pas la tâche du traducteur ; c’est celle de l’auteur, qui a le droit d’adaptation dans ce qu’il écrit de sa propre plume.
Le traducteur emprunte la plume de l’auteur et reproduit avec elle dans une autre langue, sans modification, sans usurpation, ni confiscation ou censure des idées (sensure).
L’équivalence et la correspondance conduisent à la manipulation, à l’usurpation et à la sensure.
Cela étant, le respect en langue arabe s’exprime par des expressions, des phrases particulières et des invocations, et non par des pronoms.
Les pronoms en arabe sont réels, et ils ont des fonctions grammaticales bien déterminées.
Cherche comme tu veux dans le Qour’ên et la Sounna : tu ne trouveras jamais, dans les dialogues et polylogues rapportés entre Allâh عز وجل et les Anges, ou les Prophètes, ou Iblîs, ni dans les dialogues des gens du Paradis et des gens de l’Enfer s’adressant à Allâh عز وجل, ni dans les dialogues entre les Prophètes et leurs peuples, ni même entre les Prophètes et les animaux — comme dans le récit de Souleymên عليه السلام —, ni encore les nobles Compagnons et le noble Messager صلى الله عليه وسلم, l’usage du pronom du pluriel « vous » lorsqu’ils s’adressent à Allâh جلّ وعزّ ou au Prophète صلى الله عليه وسلم…
Cela n’existe pas !
Voire, dans les invocations, les formules de rappel et de demande de pardon par lesquelles le musulman implore son Seigneur, on emploie toujours la forme du singulier :
« Allâhoumma innî ‘èlê ‘èhdika wè wè‘dika… »
Ô Allâh, je suis Ton pacte…
« Allâhoumma è‘innî ‘èlê dhikrika wè choukrika wa housni ‘ibêdètika. »
Ô Allâh, assite-moi à Te rappeler, Te remercier….
« Allâhoumma èntè El Ghaniyyou wa naḥnou el fouqarâ’… »
Ô Allâh, Tu est le riche alors que nous sommes les pauvres… et ainsi de suite.
Parmi les choses les plus étranges que j’aie lues dans les commentaires : que Iblîs se serait adressé à Allâh سبحانه par l’emploi de « vous » parce qu’il Le respecterait !!
Nous demandons à Allâhسبحانه de nous accorder la compréhension de la religion et son application.
La traduction islamique, et la traduction du Qour’ên et de la Sounna, n’est pas une pratique facile ; c’est un dépôt et une responsabilité énormes :
Tu transmets d’Allâh سبحانه , du Prophète, des Compagnons et des savants…
C’est pourquoi les savants ont mentionné que le traducteur a le même statut que le rapporteur (râwî) et le témoin dans la transmission de la parole.
L’affaire est donc non pas que toute personne ayant étudié la traduction ou qui connaît les langues peut parler de la traduction islamique ; on doit d’abord avoir une bonne connaissance du Livre et de la Sounna. Nous implorons l’aide d’Allâh.
Qu’Allah nous accorde à tous la réussite dans ce qu’Il aime et agrée.
Dr Aboû Fahîma ‘Abd Ar-Rahmên Ayad
Publié sur : (https://scienceetpratique.com/?p=13953
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