Réponse à un frère au sujet de la préposition « sur » correspondant de hèrf el djèrr (« préposition casuelle ‘’du génitif’’ »), dans Sa Parole, Très-Haut :
((الرَّحْمَنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَى )) ]طه:5 [
« Le Tous-Miséricordieux (Ar-Rahmên) S’est établi sur le Trône. » Tâhâ, v. 5.
الحمد لله والصلاة والسلام على رسول الله، أما بعد:
Ceci dit, un de nos nobles frères m’avait questionné hier sur la correctitude ou non de la préposition « sur » dans le contexte du verset figurant en épigraphe.
Au fait, certains frères ont soulevé une problématique, entendue comme étant une, liée à la préposition « sur » (sur le Trône), qui traduit le hèrf el djèrr (la préposition casuelle ‘’du génitif’’) (على), énoncé dans le verset arabe. Ils estiment que ce qui est correct est bien plutôt « au-dessus du Trône ».
Cela étant posé, de fait, le problème consiste en ce que « sur » exprime une signification physique revoyant à la notion de contact matériel provoqué entre ce qui se trouve au-dessous et ce qui se trouve au-dessus. Exemple d’usage ordinaire ou récurent : le livre est sur la table.
Or, même dans la langue arabe, ce même phénomène (de matérialisation du sens) n’est pas exclu. Car « على » est elle aussi porteuse de cette matérialité créée par la superposition de deux entités physiques : le support et l’objet supporté.
Toutefois, il est à noter, sans la moindre contestation, que dans le langage islamique arabe (que l’on peut déplacer immanquablement vers la langue française), la Croyance énoncée dans le Qour’ên et la Sounna rectifie la langue, tout comme elle rectifie l’homme. Cela revient alors à dire tout simplement que ces particules linguistiques (les prépositions… les mots pleins, les mots vides, etc.) doivent impérativement être entendue/traduites dans la compréhension des pieux prédécesseurs. Et, comme nous venons de le signaler précédemment, même le hèrf (على) prend en son sein et son essence la notion de matérialité :
الكتاب على الطاولة.
Ce qui, ceci étant, ne peut, pour évacuer cette ambigüité ou équivoque lié(s) à la Croyance causés par cette particule « sur » ̶ et engendré(s) par les réalités ontologiques du lexique arabe/français (c’est-à-dire que ces particules existent avant même la descente du Qour’ên) ̶ qu’en recourant à la compréhension des Compagnons de ce verset même, ainsi que de la particule « sur » qui nous préoccupe. C’en est un postulat salafi : toutes les langues du monde, à la suite de la langue arabe, sont tributaires de la vraie compréhension du Livre et de la Sounna. Ils faut les passer par leur crible.
Ainsi, avec cette appréhension du problème, nous nous ne supposons pas que l’équivoque ayant infiltré ‘sur’ ne soit pas résolu.
Car en effet, ce qui est voulu dans le verset par la préposition « على » peut être reproduit par sa sœur, même si lointaine, française « sur ».
Pour davantage de simplification, je cite l’éminent Imam Ibn Bêz, qu’Allâh lui fasse miséricorde, qui explique le verset et à partir de quoi (cette compréhension) devons-nous entendre le sens de « sur » :
» قوله((الرَّحْمَنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَى)) اسْتَوَى [طه:5]، فسره علماء السنة بأنه العلو والارتفاع، يعني: ارتفع فوق العرش وعلا فوقه سبحانه وتعالى بدون كيف، أهل السنة والجماعة وهم أصحاب النبي ﷺ وأتباعهم بإحسان يقولون في صفات الرب : إن الواجب إثباتها وإمرارها كما جاءت بلا كيف، يعني: نثبتها لله ونؤمن بها وأنها حق، ولكن لا نكيفها، لا نقول: إنها بكيفية كذا وكيفية كذا، سئل مالك بن أنس إمام دار الهجرة في زمانه، وأحد الأئمة الأربعة، سئل رحمة الله عليه عن قوله جل وعلا ((الرَّحْمَنُ عَلَى الْعَرْشِ اسْتَوَى)) ، كيف استوى؟ فأطرق طويلاً ثم قال رحمه الله: الاستواء معلوم، والكيف مجهول، والإيمان به واجب، فالواجب على أهل العلم والإيمان، وعلى جميع المسلمين أن يؤمنوا بأسماء الله وصفاته التي جاءت في القرآن العظيم أو السنة الصحيحة، وأن يمروها كما جاءت من غير تحريف ولا تعطيل ولا تكييف ولا تمثيل، بل يؤمنون بأنها صفات الله وأنها أسماؤه وأنها حق، وأن معانيها حق يليق بالله جل وعلا، معانيها تليق بالله لا يشابه خلقه في شيء من صفاته سبحانه وتعالى. «
« Sa Parole, Exalté et Très-Haut : ‘’Ar-Rahmên S’est établi sur le Trône (Tâhâ, v. 5)’’, les savants de la Sounna l’ont expliquée comme signifiant la Hauteur et l’Élévation : c’est-à-dire qu’Il S’est élevé sur le Trône et qu’Il S’est « haussé » sur lui, Gloire à Lui et Très-Haut, sans modalité (sans kèyf). Les gens de la Sounna et du Groupe, qui sont les Compagnons du Prophète, qu’Allâh prie sur lui et le salue, et leurs successeurs dans l’excellence, disent au sujet des Épithètes[1] du Seigneur : il est obligatoire de les confirmer et de les laisser passer tels qu’ils sont venus, sans modalité (sans morphismes : l’anthropomorphisme ‘’Tèchbîh ou Tèdjcîm’’, polymorphisme, etc.) — c’est-à-dire que nous les établissons et les confirmons pour Allâh et nous croyons en eux, et qu’ils sont Vérité, mais nous ne leur assignons aucune modalité. Nous ne disons pas qu’ils sont de telle ou telle autre modalité. Mêlik Ibn Èns, Imam de la Demeure de l’Émigration en son temps et l’un des quatre Imams, qu’Allâh lui fasse miséricorde, fut interrogé sur la Parole d’Allâh, Majestueux et Très-Haut : ‘’Ar-Rahmên S’est établi sur le Trône’’ — comment S’est-Il établi ? Il resta longuement silencieux [la tête baissée], puis dit, qu’Allâh lui fasse miséricorde : ‘’L’Istiwê’ (l’Établissement) est connu, la modalité en est inconnue, la foi en cela est obligatoire.’’ Il est donc obligatoire pour les Gens de science et de foi, et pour l’ensemble des musulmans, de croire aux Noms d’Allâh et à Ses Épithètes venus dans le Glorieux Qour’ên ou dans la Sounna authentique, et de les laisser passer [dans les cœurs et les esprits, NDT] tels qu’ils sont parvenus, sans modification (tèhrîf) [ni de forme ni de sens, NDT], sans annulation (tè‘tîl), sans modalité (ou morphisme) et sans assimilation ; ils croient plutôt que ce sont là les Épithètes d’Allâh, Ses Noms, et qu’ils sont Vérité, et que leurs sens sont Vérité et conviennent à Allâh, Majestueux et Très-Haut — leurs significations conviennent à Allâh, et Il ne ressemble en rien à Sa création dans aucun de Ses Épithètes, Exalté et Très-Haut. »[2]
Outre cela, l’Imam Ibn El Qayyim, qu’Allâh lui fasse miséricorde, a expliqué dans sa Nouniya que les pieux prédécesseurs ont défini l’Istiwê’ sur le Trône par quatre sens, qui sont des pré-synonymes complémentaires. Il a dit :
ولهم عبارات عليها أربعٌ … قَد حَصَّلَت للفارسِ الطَعَّانِ
وهي استقرَّ وقد علا وكذلك ار … تَفَعَ الذي ما فيهِ من نكرانِ
وكذاك قد صَعِدَ الذي هو رابعٌ … وأبو عبيدةَ صاحبُ الشيباني
Ils ont, à son sujet, quatre expressions, que le cavalier au javelot [transperçant] a rassemblées.
Ce sont : « S’est établi », et aussi «Se hausser, « S’hisser », et de même « S’est élevé » — au sujet duquel il n’y a nul désaveu.
Et de même « ascensionné, ascendu, monté », qui en est la quatrième — et Aboû ‘Oubeyda, le compagnon d’Èch-Chèybênî [en rapporte l’attestation].
On retient ainsi les quatre significations, que sont :
- (العُلُوّ) : la Hauteur (avec un ‘H’ majuscule, signe de la plus grande abstraction[3]), la Superposition, la Supériorité…
- (الارتفاع) : l’Élévation, la Supériorité, la Suprématie…
- (الصعود) : l’Ascension, la Montée(er)…
- (الاستقرار) : l’Établissement, la Stagnation…
Quant à la locution « au-dessus », proposée par certains frères pour remplacer « sur », cette dernière, en plus de son état ambiguisant (plus que « sur »), son sens propre, donc premier, (selon le TLF) est : plus haut. (plus haut que le Trône). Le Trésor de la langue française (le plus grand dictionnaire français fondé sur des paramètres scientifiques ‘sciences du langage, etc.’) lui octroie sept synonymes, dont le premier est en amont. Le synonyme « sur » est classé en quatrième sous-position. Le classement synonymique du TLF se base sur l’usage et la fréquence de l’interchangeabilité ou substituabilité des mots dans l’usage langagier réel. Il se fonde sur un corpus réel. C’est dire que son emploi dans le contexte du verset en question est d’un point de vue linguistique français assez faible. Il est le correspondant idoine du mot arabe (فوق), certes, par lequel le cheikh Ibn Bêz a expliqué l’istiwê’. Donc ce serait une traduction par équivalence sémantique et non par correspondance de sens propre ou fonctionnelle. Cette même notion (فوق) étant de facto un sens propre de la particule (على), et qui est, chose à ne pas sous-estimer, un correspondant idoine (parfait) direct de « sur ». C’est-à-dire (على) et (فوق) et (sur) sont des correspondant (des synonymes interlinguaux) parfaits. Au-dessus ne l’est pas.
Donc d’un point de vue scientifique, on ne saurait accepter d’interchanger des mots arabe/français en optant pour des équivalent sémantiques (le fameux au-dessus) au moment où la langue française nous donne un correspondant idoine (le parfait sur).
C’est ici un constat linguistique. Ajouté au postulat de base que les lexiques doivent être adaptés à la compréhension des pieux prédécesseurs, la correspondance prépositionnelle expliquée plus haut, accélère, certes, le passage des notions islamiques salafies dans le corps de la langue française. Celle-ci nous offre même une brèche, on l’a vu, à ne pas négliger afin d’y installer les contenus sémantiques de l’islam authentique.
Tout comme les hommes, les langues sont convertibles aux notions de Vérité apportées par l’islam. Il suffit de trouver la porte, et d’y accéder… La linguistique et les sciences du langage, conçues pour les langues occidentales, sont notre clef…
Ainsi celui qui sait, le sait ; et celui qui ignore, l’ignore…
Votre frère : Dr Aboû Fahîma ‘Abd Ar-Rahmên AYAD
Le samedi 01 rabî‘ èth-thênî 1448
Corr. au 12/09/2026
Publié sur: https://scienceetpratique.com/?p=14499
………
[1] Lire, à ce sujet, notre traduction de l’épître de l’érudit Ès-Sè‘dî Les plus beaux Noms d’Allâh et leurs sens, sur : https://scienceetpratique.com/?p=1697
[2] Cf. Le site du cheikh, qu’Allâh lui fasse miséricorde, sur :
[3] Lire pour ce sujet de reprogrammation et réglage des lexiques français suivant la croyance musulmane des pieux prédécesseurs mes textes nos articles publiés sur : https://scienceetpratique.com/?cat=28