Règle : Un mot employé plus d’une fois dans un paragraphe doit être traduit différemment
Note de linguiste-traducteur islamique
En traduisant le Qour’ên, beaucoup de sens chutent durant l’opération traductive.
Je vous donne un exemple empirique (expérimental et concret).
Dans un verset comme celui-ci :
((قَيِّمًا لِّيُنذِرَ بَأْسًا شَدِيدًا مِّن لَّدُنْهُ وَيُبَشِّرَ الْمُؤْمِنِينَ الَّذِينَ يَعْمَلُونَ الصَّالِحَاتِ أَنَّ لَهُمْ أَجْرًا حَسَنًا 3 مَّاكِثِينَ فِيهِ أَبَدًا 4 وَيُنذِرَ الَّذِينَ قَالُوا اتَّخَذَ اللَّهُ وَلَدًا)). الكهف: 1-5.
Le mot (يُنذِرَ) « avertir » est employé deux fois. Il est traduit par le Pr Hamidullah et d’autres traducteurs ainsi :
« [Un Livre] d’une parfaite droiture pour avertir d’une sévère punition venant de Sa part et pour annoncer aux croyants qui font de bonnes œuvres qu’il y aura pour eux une belle récompense. 3 où ils demeureront éternellement, 4 et pour avertir ceux qui disent : ‘’Allah S’est attribué un enfant’’. » La Caverne (EL Kèhf), v. 1-5.
Alors, sous les yeux d’un spécialiste des sciences du langage, le verbe « avertir » réitéré dans des environnements linguistiques différents pose problème.
En voici une traduction soignée avec une note de bas de page :
[Un Livre] d’une parfaite rectitude pour avertir d’un sévère châtiment venant de Lui et pour annoncer aux croyants qui font de bonnes œuvres qu’il y a pour eux une belle Récompense (le Paradis). 3 y demeurant éternellement, 4 et pour comminer[1] ceux qui disent : « Allah S’est attribué un enfant. »
Nota : La méthode adoptée ici est assise dans ma stratégie de la traduction islamique (consacrée principalement pour le Qour’ên), que j’appelle « La traduction littéro-contextuelle » (الترجمة الظاهرية السياقية).
Remarque : Les chers et chères frères et sœurs remarqueront d’autres mots que j’ai modifiés en corrigeant la traduction du Pr Hamidullah.
Par Dr Aboû Fahîma ‘Abd Ar-Rahmên AYAD
[1] NDT. En français soutenu, comminer signifie « formuler une menace de peine ou de châtiment en cas d’infraction ». Ce verbe est à notre sens le plus idoine (pleinement idéal) pour reproduire la portée signifiante du terme arabe « يُنذِرَ », que les traducteurs traduisent d’ordinaire par « avertir ». Ce dernier, bien que courant, reste hautement superficiel et neutre ; il ne peut indiquer réellement la nuance de menace et de châtiment immanquable qu’il y a dans le texte source. Avertir provoque ainsi une désémantisation ou une déperdition sémantique, phénomène inhérent au voyage des mots du Qour’ên de l’arabe vers les langues occidentales.