Au sujet de la traduction du terme kêfir par « non-musulman »

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Le texte ci-après est constitué de question/réponse et de commentaires. Un de nos nobles frères m’avait en fait interrogé sur le sujet mentionné. Et puisque l’interaction a eu lieu dans les commentaires, je la partage alors ici afin que davantage de personnes puissent en tirer profit, inchê’Allâh.

Je ne pourrais au passage manquer de remercier notre cher frère pour sa politesse et son bon sens.

Question :

السلام عليكم ورحمة الله وبركاته

Je souhaiterais vous soumettre une interrogation qui m’interpelle depuis quelque temps. Il m’a été donné d’observer, ces derniers temps, que sur certaines pages se réclamant du courant salafi ainsi que sur divers réseaux sociaux, des individus -qu’il s’agisse de petits étudiants en sciences religieuses ou parfois de personnes moins connues traduisent de manière SYSTÉMATIQUE les termes kāfir (كافر) ou kouffār (كفار) par l’expression non-musulmans.

Or, il me semble que le terme kāfir, dans le langage de la Législation islamique ne se limite pas à une simple désignation descriptive d’une personne n’étant pas musulmane, mais comporte également une dimension de jugement religieux clairement établie dans les textes du Qoūr’ên et de la Soūnna, ainsi que dans la compréhension des savants.

Dès lors, ma question serait la suivante :

Quel regard portez-vous sur cette tendance récente consistant à traduire systématiquement « kāfir » ou kouffār par non-musulmans ?

Considérez-vous que cette traduction restitue fidèlement la portée du terme dans son sens islamique originel, ou bien pensez-vous qu’elle en atténue, voire en altère ce que je pense, la signification juridique et théologique telle qu’elle est comprise dans la tradition des savants ?

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’éclairer sur ce point.

والله أعلم

 

Réponse :

وعليكم السلام ورحمة الله وبركاته،

Si, comme vous dites, que l’on traduit systématiquement kêfir par non musulman, dans ce cas-là, il est clair que c’est incorrect. Employer les deux termes : kêfir (mécréant) et non musulman (avec une moindre fréquence) est à mon sens la procédure à adopter. Je vous dis cela, car il y a de grands savants à notre époque, dont l’Imam Ibn Bêz, رحمه الله, à leur tête, qui employait son équivalent arabe : غير المسلمين. Sauf que ce dernier est utilisé dans des cas bien précis, pare exemple, au moment où l’on s’adresse à des non-musulmans dans l’intention de les guider à l’islam. Ceci sans n’omettre de prendre en considération le statut institutionnel et officiel du cheikh. Lui qui s’adressait à des présidents, des ministres, des officiels, etc. Dans un pareil cas « non musulman » est utilisé en tant qu’équivalent dynamique en français et non plus en tant qu’équivalent formel ou encore fonctionnel (celui de mécréant, pré-synonyme interlingual de kêfir). Quant à votre autre question, par rapport à l’adéquation sémantique kêfir/non-musulman, il me semble que ma première réponse en suggère déjà une réponse, même si quelque peu en germe. Au fait, il est à noter que non-musulman est un terme neutre et « froid ». Il ne reproduit pas la charge conceptuelle de désaveu et de perdition qu’il y a dans le terme arabe kêfir. Donc cette traduction ne restitue pas fidèlement la portée significative de kêfir, quand il s’agit de contexte où ce terme est chargé des notions de désaveu, d’inimitié… Enfin, je vous transmets, de mémoire, une fetwa du cheikh érudit Mouqbil, رحمه الله تعالى, publiée dans un de ses livres, et si je ne m’abuse, le cheikh répondait à l’époque à un frère de France : le cheikh disait que de nos temps, beaucoup de kouffâr sont désinformés (intoxiqués) par les médias, les cercles intellectuels occidentaux, etc. en leur présentant l’islam comme étant une source de haine, de terrorisme, de mal, etc. Il disait que cela les empêchait de se convertir à l’islam et qu’il souhaite, disait le cheikh, que ces kouffâr seraient englobés par la rahma (miséricorde) d’Allâh, car ils n’ont en effet pas reçu la Ricêla (le Message de l’islam). Je vous dis cela, car, à mon avis, ces gens devraient être traités différemment, notamment lorsqu’on s’adresse à eux dans l’intention et le souhait de les inviter à l’islam… Et là, le terme « non musulman » trouve sa légitimité.

 

Commentaire 1 :

[Je ne pense pas que ma réponse soit passée et dans le doute et souci de politesse, je la reposte]

بارك الله فيك، نعم

Je visais exactement le cas où le terme kéfir est systématiquement, criminellement, traduit par non musulman, même dans les fâtâwâs célèbres de nos grands savants, que les textes arabes eux-mêmes- que ce soit dans le Qoūr’ên ou dans leurs paroles utilisent le mot  kèfir  ou koūffar clairement. C’est précisément ce contexte auquel je faisais référence. En effet, je sais comme vous l’avez brillamment mentionné et qu’Allâh Le Très-Haut, en récompense par le bien et ajoute en science, que l’usage de « non-musulman  » peut avoir une pertinence dans certains contextes de da’wa ou de discours, notamment lorsqu’on s’adresse à des personnes qui n’ont pas reçu correctement le message de l’islam ou lorsque la situation rhétorique l’exige. Ici je ne vise que ce que l’on voit sur les réseaux et autres : cet usage circonstanciel ne doit pas se transformer en substitution traductive systématique des textes religieux. Ma remarque, ma tentative d’alerte, concerne la préservation de la précision sémantique et fonctionnelle du terme religieux. En effet, remplacer le signe conceptuel complexe kèfir systématiquement et hors contexte précis (comme vous l’avez détaillé avec nos grands savants, qu’Allâh leur fasse miséricorde), un terme neutre tel que non-musulman conduit, d’un point de vue linguistique et sémantique, à affaiblir la charge conceptuelle du texte, laquelle inclut les notions de dénégation, de rejet et de qualification doctrinale.

C’est pourquoi les gens de la Sūnna ont établi que les termes légiférés doivent être conservés selon les significations que leur ont données le Qoūr’ên et la Soūnna et ne doivent pas être remplacés, comme ils le font systématiquement de manière redondante, jusqu’à ce que je lise chez des gens de la masse surtout la jeunesse, je veux dire les musulmans comprennent et intègrent que kèfir = non-musulman…
Les termes légiférés doivent être compris selon leurs significations religieuses lorsqu’elles sont connues.
Ceci est un principe bien connu chez les gens de la Sūnna dans le domaine des terminologies doctrinales et des termes religieux. Et Allâh est plus savant.

Merci beaucoup pour votre parfaite réponse.

 

Réponse au commentaire 1 :

Oui j’ai reçu votre réponse. Je suis ravi de lire votre commentaire sur ma réponse. Je souscris entièrement à cette position, qui, de toute évidence, doit être celle de tout musulman francophone œuvrant pour notre religion du juste milieu. C’en est le juste milieu dans cette affaire. Je vous remercie chaleureusement pour votre apport. Cependant, je voudrais juste attirer votre attention sur le fait que Sounna et Qour’ên ne portent pas de signe d’allongement (^) sur le u. Il s’agit d’une dhamma brève. Wa bâraka Allâhou fikoum. والسلام عليكم.

Commentaire 2 :

وعليكم السلام ورحمة الله وبركاته

Cher frère, qu’Allâh vous récompense pour votre parole bienveillante et pour l’attention que vous portez à la précision des termes. Une telle vigilance fait partie des belles marques du respect de la science et des textes.

Sachez, qu’Allâh vous accorde la réussite, que votre remarque est juste et je vous en remercie sincèrement. Votre rappel est donc pertinent et bénéfique.

Je confesse toutefois, avec un léger sourire, que certaines vieilles habitudes héritées de l’usage anglophone continuent de se glisser dans la plume, comme un élève distrait qui revient s’asseoir à sa place après avoir été renvoyé plusieurs fois hors de la classe. Mais par la grâce d’Allâh, je vais m’efforcer de corriger cela. D’ailleurs, j’ai moi-même partagé votre vidéo sur ce sujet, ce qui m’engage d’autant plus à être en parfaite adéquation avec ce rappel et il ne conviendrait pas qu’un homme appelle à la précision tout en laissant sa plume s’autoriser quelques libertés.

Qu’Allâh vous récompense donc pour ce conseil empreint de bienveillance. Qu’Allâh Le Très-Haut augmente votre science, votre clairvoyance et votre sincérité, qu’Il fasse de vous une cause de bien pour les gens et un soutien pour la Sounna.

 

Réponse au commentaire 2 :

بارك الله فيكم، ونفع بكم، وجعلنا وإياكم من أهل الصدق والإخلاص.

والسلام عليكم ورحمة الله وبركاته

آمين آمين، بارك الله فيك أخي الكريم وجزاك الله خيرا، نسأل الله سبحانه وتعالى أن يجعلنا مفاتيح للخير مغاليق للشر وأن يستعملنا في طاعته جل وعلا. وفقك الله يا طيب ونفع بك.

وعليكم السلام ورحمة الله وبركاته.

Votre frère : Dr Aboû Fahîma

‘Abd Ar-Rahmên Ayad.

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