{"id":13512,"date":"2025-04-19T10:47:40","date_gmt":"2025-04-19T09:47:40","guid":{"rendered":"https:\/\/scienceetpratique.com\/?p=13512"},"modified":"2025-04-19T10:59:53","modified_gmt":"2025-04-19T09:59:53","slug":"13512-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/scienceetpratique.com\/?p=13512","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation succincte de la linguistique et des sciences du langage"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image alignnone\"><a href=\"http:\/\/scienceetpratique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Presentation-succunte-de-la-linguistiques.jpeg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"169\" src=\"http:\/\/scienceetpratique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Presentation-succunte-de-la-linguistiques-300x169.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13515\" srcset=\"https:\/\/scienceetpratique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Presentation-succunte-de-la-linguistiques-300x169.jpeg 300w, https:\/\/scienceetpratique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Presentation-succunte-de-la-linguistiques-360x203.jpeg 360w, https:\/\/scienceetpratique.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Presentation-succunte-de-la-linguistiques.jpeg 613w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Pr\u00e9sentation succincte de la linguistique et des sciences du langage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Abderrahmane Ayad <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage<\/em><\/strong><strong>, <\/strong>257-271&nbsp;; et 354-356.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">pdf<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>linguistique<\/em> est l\u2019\u00e9tude scientifique du langage humain et des langues naturelles. C\u2019est une \u00e9tude objective, descriptive et explicative.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferdinand de Saussure, dans son manifeste <em>CLG<\/em> (<em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale <\/em>1995&nbsp;: 20), assoit la mati\u00e8re de la <em>linguistique<\/em> en stipulant qu\u2019elle est constitu\u00e9e d\u2019abord par toutes les manifestations du langage humain, qu\u2019il s\u2019agisse des peuples sauvages ou des nations \u00ab&nbsp;civilis\u00e9es&nbsp;\u00bb, des \u00e9poques archa\u00efques, classiques ou de d\u00e9cadence, en tenant compte, dans chaque p\u00e9riode, non seulement du langage* correct et du \u00ab&nbsp;beau langage&nbsp;\u00bb, mais de toutes les formes d\u2019expression. Ce n\u2019est pas tout&nbsp;: le langage \u00e9chappant le plus souvent \u00e0 l\u2019observation, le linguiste devra tenir compte des textes \u00e9crits, puisque seuls ils lui font conna\u00eetre les idiomes* pass\u00e9s et distants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Saussure \u00e9tablit tr\u00e8s clairement la distinction entre la mati\u00e8re de la linguistique et son objet. Celui-ci \u00e9tant, tel que le soulignent Antoine Auchelin et Jacques Moeschler (<em>Introduction \u00e0 la linguistique contemporaine<\/em> 2014&nbsp;: 28), le sous-ensemble des manifestations du langage que le linguiste \u00ab&nbsp;construit&nbsp;\u00bb en adoptant tel ou tel point de vue, en choisissant de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tel ou tel autre aspect de la mati\u00e8re. Si la mati\u00e8re est donn\u00e9e d\u2019avance, l\u2019objet, lui, r\u00e9sulte de d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u00e9tude objective, par opposition \u00e0 la grammaire normative, qui elle est fonci\u00e8rement prescriptive. Elle est descriptive, car elle rel\u00e8ve et explique les faits de langue dans toutes les diversit\u00e9s des pratiques langagi\u00e8res quotidiennes dans la diversit\u00e9 des situations* de communication*, sans s\u2019int\u00e9resser \u00e0 \u00e9mettre des jugements de valeur ni pr\u00e9tendre \u00e0 la correction des formes* que le grammairien juge incorrectes. Il y a justement ici une diff\u00e9rence principale entre la linguistique et la grammaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La grammaire traditionnelle ignore des parties enti\u00e8res de la langue, telle que la formation des mots&nbsp;; elle normative et croit devoir \u00e9dicter des r\u00e8gles au lieu de constater des faits&nbsp;; les vues d\u2019ensemble lui font d\u00e9faut&nbsp;; souvent m\u00eame elle ne sait pas distinguer le mot \u00e9crit du mot parl\u00e9, etc. (F. Saussure 1995&nbsp;: 118).<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>linguistique<\/em>, contrairement \u00e0 la grammaire, identifie les faits de langue et les explique scientifiquement, d\u2019un point de vue empirique&nbsp;; elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui se dit concr\u00e8tement et non \u00e0 ce qu\u2019on doit dire correctement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce sens, Dominique Maingueneau \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>linguistique<\/em> contemporaine ne s\u2019est pas \u00e9difi\u00e9e seulement contre la grammaire historique, en d\u00e9finissant v\u00e9ritablement l\u2019\u00e9tude du langage comme une science au sens moderne du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire une d\u00e9marche qui proc\u00e8de par hypoth\u00e8se et v\u00e9rification et qui \u00e9labore des mod\u00e8les formels. Pour s\u2019affirmer, la <em>linguistique<\/em> moderne a aussi d\u00fb se d\u00e9gager d\u2019un ensemble beaucoup plus ancien et beaucoup plus vaste et qui impr\u00e8gne fortement les mentalit\u00e9s&nbsp;: la grammaire traditionnelle (\u2026) La <em>linguistique<\/em> vise \u00e0 d\u00e9crire les faits de langue sans porter sur eux de jugement de valeur. Comme la biologie ou la psychologie, elle se veut une science empirique, dont les donn\u00e9es sont constitu\u00e9es de ce qui se dit effectivement dans une communaut\u00e9 linguistique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>linguistique<\/em> est une discipline scientifique, car elle a re\u00e7u son statut de scientificit\u00e9 depuis la publication du <em>Cours<\/em> de Saussure en 1916 (Dubois 1994&nbsp;: 285), et du fait de son paradigme de recherche qui est le m\u00eame que celui des sciences exp\u00e9rimentales. Comme font les scientifiques dans ces derni\u00e8res, en <em>linguistique<\/em>, le linguiste* ou le chercheur se base dans son \u00e9tude des faits linguistiques sur l\u2019observation, formule des hypoth\u00e8ses*, les soumet \u00e0 l\u2019analyse* et en aboutit aux r\u00e9sultats. Il passe enfin au dernier stade, qui est celui de la th\u00e9orisation. Celle-ci implique bien entendu un processus bien d\u00e9termin\u00e9 et tr\u00e8s rigoureux. C\u2019est ainsi qu\u2019elle est une science empirique.<\/p>\n\n\n\n<p>La linguistique est avant toute chose une discip-line empirique&nbsp;: elle porte sur un objet \u2014 les langues et le langage \u2014 qui pr\u00e9existe \u00e0 son \u00e9tude. Le langage ordinaire (on dit aussi les \u00ab&nbsp;langues naturelles&nbsp;\u00bb \u2014 le fran\u00e7ais, l\u2019anglais, le lingala\u2026) n\u2019a nul besoin du linguiste pour \u00eatre. Le premier objectif est ainsi de d\u00e9crire ce que la r\u00e9alit\u00e9 lui propose.&nbsp; Mais ce qu\u2019il faut d\u2019embl\u00e9e comprendre, c\u2019est que la langue (le fran\u00e7ais, l\u2019anglais\u2026) n\u2019est pas directement observable. Ce que nous pouvons observer, ce sont des productions langagi\u00e8res, des phrases en fran\u00e7ais ou en anglais, et non le fran\u00e7ais ou l\u2019anglais en soi, c&rsquo;est-\u00e0-dire le syst\u00e8me qui rend ces productions possibles.&nbsp;Empreintes dans le cerveau de ceux qui la parlent, une langue n\u2019est accessible qu\u2019\u00e0 travers ses effets. Cela revient \u00e0 dire que la langue en soi, inappropri\u00e9e \u00e0 l\u2019observation directe, ne peut \u00eatre que l\u2019objet d\u2019une construction th\u00e9orique. La linguistique est forc\u00e9ment une science th\u00e9orisante. (R. Martin, <em>Comprendre la linguist-ique<\/em> 2002&nbsp;: 5-6).<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e linguistique existait depuis l&rsquo;antiquit\u00e9, telles que le montrent les r\u00e9flexions de Platon (au 5<sup>\u00e8me<\/sup> S. avant l\u2019\u00e8re commune) sur la nature de la langue, et m\u00eame bien avant Platon, il y eut aussi (au 12<sup>\u00e8me <\/sup>S. avant J.) les pr\u00e9occupations religieuses ayant la langue pour mati\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait une tr\u00e8s tradition tr\u00e8s lointaine des grammairiens hindous, qui s\u2019attel\u00e8rent \u00e0 la description minutieuse de la langue sacr\u00e9e de l\u2019Inde ancienne&nbsp;: le sanskrit, et dont les <em>Huit Livres<\/em> de Panini en t\u00e9moignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des Arabes \u00e9galement, d\u2019innombrables travaux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s depuis la fin du 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avec notamment le lexicogra-phe et m\u00e9tricien El Khal\u00eel Ibn Ahmed El Far\u00e2h\u00eedi (718-791), qui confectionna le premier dictionnaire arabe dans l\u2019histoire musulmane, et qu\u2019il nomma <em>Kit\u00eab El \u2018Eyn<\/em> (Le livre source).&nbsp; Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en imprimerie \u00e0 Bagdad en Irak entre 1980 et 1985 et comportait alors 8 volumes. El Khal\u00eel est aussi connu pour \u00eatre le premier savant \u00e0 avoir initi\u00e9 la m\u00e9trique arabe en tant que discipline auto-nome, qui traite des rythmes po\u00e9tiques. Et avant El Khal\u00eel Ibn Ahmed, il y eu un \u00e9minent savant, Abo\u00fb El Aswed Ad-Dou\u2019\u00e8l\u00ee (603\/688), p\u00e8re de la grammaire arabe et c\u2019est \u00e0 lui \u00e9galement que revient le m\u00e9rite d\u2019avoir introduit les voyelles ou diacritiques* sur les lettres arabes, afin de pr\u00e9server une prononciation correcte des sons et des mots. Son \u0153uvre s\u2019inscrivant dans le domaine de la phon\u00e9tique articula-toire* et de l\u2019ortho\u00e9pie* lui vaut en fait d\u2019\u00eatre le premier phon\u00e9ticien arabe. D\u2019autres grands noms de linguistes ayant servi la langue ont \u00e9t\u00e9 aussi enregistr\u00e9s par l\u2019histoire, tels que Ibn M\u00ealik (711\/795), El K\u00e8ss\u00ea\u2019\u00ee (737\/805), S\u00eeb\u00e8w\u00e8yhi (765\/796), El Moub\u00e8rrad (825\/899), etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fait, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, nous ne savons pas qu\u2019il y ait eu dans l\u2019histoire des langues une communaut\u00e9* linguistique ayant travaill\u00e9 sa langue \u00e0 tous les plans (lexique, phon\u00e9tique, grammaire, rh\u00e9torique, po\u00e9sie, etc.) comme l\u2019a fait la communaut\u00e9 musulmane, autant les linguistes arabes et non arabes. L\u2019investigation de la langue a en fait commenc\u00e9 bien avant l\u2019\u00e8re islamique, notamment en po\u00e9sie, en lexique, en rh\u00e9torique et en rythmique. Mais il est clair que la venue de l\u2019islam a eu un impact d\u00e9terminant et p\u00e9renne sur l\u2019\u00e9tude linguis-tique. La langue arabe est la langue de R\u00e9v\u00e9lation du Qour\u2019\u00ean (\u00ab&nbsp;Coran&nbsp;\u00bb), qui est faite dans une langue divine hors typologie, lui a en effet conf\u00e9r\u00e9 un statut particulier, ce qui a, ceci \u00e9tant, incit\u00e9 les savants \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la <em>linguistique<\/em>, m\u00eame si le nom est apparu pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais en 1721 (lexicalis\u00e9 dans le dictionnaire d\u2019Antoine Fure-ti\u00e8re), il n\u2019est attest\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise qu\u2019en 1835. Cependant, son usage comme concept, nommant une discipline scientifique et moderne, o\u00f9 l\u2019on revendique le paradigme empirique dans l\u2019exploration du langage et des langues, n&rsquo;a vu le jour qu&rsquo;avec l&rsquo;enseigne-ment de Saussure&nbsp;; puis il a officiellement pris effet tout justement avec la publication de son ouvrage posthume <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, en 1916. De fait, c&rsquo;est au sein du courant de la grammaire historique et compar\u00e9e, durant le 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, et plus exactement de 1816 \u00e0 1870, que nait le concept de linguistique&nbsp;; et c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 qu\u2019ont apparu les premi\u00e8res revendications d\u2019ordre scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>La linguistique parle \u00e0 l&rsquo;homme de lui-m\u00eame : elle lui montre comment il a construit, comment il a perfectionn\u00e9 \u00e0 travers des obstacles de toute nature et malgr\u00e9 d&rsquo;in\u00e9vitables lenteurs, malgr\u00e9 m\u00eame des reculs momentan\u00e9s, le plus n\u00e9cessaire instrument de civilisation. Il lui appartient de dire aussi par quel moyen cet outil qui nous est confi\u00e9, et dont nous sommes responsables, se conserve ou s\u2019alt\u00e8re\u2026 \u00c9crivit un jour Michel Br\u00e9al (<em>Essai de s\u00e9mantique, science des significations<\/em>, 1897&nbsp;: 2-3).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2192R\u00e9capitulation historique de la linguistique moderne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e <em>linguistique<\/em> existait depuis l&rsquo;antiquit\u00e9, telles que le montrent les r\u00e9flexions de Platon (au 5<sup>\u00e8me<\/sup> S. avant l\u2019\u00e8re commune) sur la nature de la langue, et bien avant Platon, il y eut aussi (au 12<sup>\u00e8me <\/sup>S. avant J.) les pr\u00e9occupations religieuses ayant la langue pour mati\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait une longue tradition des grammairiens hindous, dont il nous est rest\u00e9 notamment le <em>Huit Livres<\/em> de Panini. Cette tradition s&rsquo;\u00e9tait efforc\u00e9e de d\u00e9crire tr\u00e8s minutieusement le sanskrit, ancienne langue de l&rsquo;Inde. (J. Dubois et al., <em>Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage<\/em> 1994&nbsp;: 285-287 ; et D. Zemmour, <em>Initiation \u00e0 la linguistique <\/em>2008&nbsp;: 5-6). Les Arabes \u00e9galement, entre autres nations (chinois, japonais, etc.), ont r\u00e9alis\u00e9 des recherches <em>linguistiques<\/em> tr\u00e8s avanc\u00e9e par rapport leur \u00e9poque. Des investigations de terrain furent effectu\u00e9es, notamment en phon\u00e9tique et \u00e0 tout ce qui a trait au lexique et au sens des mots. Les linguistes* se d\u00e9pla\u00e7aient dans le d\u00e9sert pour rencontrer les b\u00e9douins qui leurs servaient d\u2019informa-teurs*.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la <em>linguistique<\/em>, en tant que discipline reconnue par l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, ne s\u2019est impos\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s qu&rsquo;avec l&rsquo;enseignement de Saussure, et tout justement suite \u00e0 la gen\u00e8se post\u00e9rieure de son <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em> en 1916.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au 20<sup>\u00e8me<\/sup> s., on s\u2019int\u00e9ressa \u00e0 l\u2019\u00e9volution* des langues dans le temps* et aux liens de parent\u00e9 les unissant. Critiquant les d\u00e9fauts de la <em>linguistique<\/em> historique, F. de Saussure b\u00e2tit son <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, publi\u00e9 en 1916 par ses deux disciples Charles Bally et Albert Sechehay et \u00e0 partir duquel s\u2019\u00e9labora toute la <em>linguistique<\/em> moderne. C\u2019est une \u0153uvre posthume, r\u00e9unie des notes de ses disciples. Saussure a pos\u00e9 les concepts fondamentaux&nbsp;: synchronie*, syst\u00e8me*, distinction entre langue* et parole*, etc. <em>HACHETTE dictionnaire encyclop\u00e9dique illustr\u00e9<\/em> 2000, entr\u00e9e <em>linguistique<\/em>&nbsp;: 1095-1096).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il importe de faire remarquer que cet ouvrage a fait l\u2019objet de plusieurs critiques. Voire, la linguistique saussurienne a re\u00e7u de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale beaucoup de reproches. Ont ainsi \u00e9t\u00e9 relev\u00e9es quelques contradictions, pr\u00e9cis\u00e9ment dans le <em>CLG<\/em> (comme le fait, tel qu\u2019il nous est apparu, d\u2019avoir d\u00e9fini la langue comme \u00ab&nbsp;un produit social&nbsp;\u00bb et avoir a contrario attribu\u00e9 \u00e0 la <em>linguistique<\/em> le seul objet d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e9tude de la langue en elle-m\u00eame et pour elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb&nbsp;; autrement, en faisant table rase de toute la dimension sociale de la langue), ce qui pose en fait un s\u00e9rieux probl\u00e8me m\u00e9thodo-logique dans l\u2019analyse des faits linguistiques&nbsp;; des lacunes (tel que le fait d\u2019avoir n\u00e9glig\u00e9 la dimension \u00e9nonciative de la langue, et de s\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la parole tout en omettant le locuteur&nbsp;; la s\u00e9paration m\u00eame qu\u2019il a faite du langage et de la langue, et ayant con\u00e7u cette derni\u00e8re comme un fait social ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019homme, etc.)&nbsp;; la staticit\u00e9 de la linguistique par le fait d\u2019avoir exclu le volet his-torique de la langue et s\u2019\u00eatre majoritairement pr\u00e9occup\u00e9 de la synchronie&nbsp;; ainsi qu\u2019aussi des \u00ab&nbsp;d\u00e9rapages&nbsp;\u00bb dont nous avons eu l\u2019occasion de constater, notamment le rejet de la question de l\u2019origine du langage et des langues, son adoption du principe darwinien de l\u2019\u00e9volution et que l\u2019homme \u00e9tait comme un simple animal priv\u00e9 de langage et de parole criant dans la nature\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette all\u00e9gation saussurienne, la science exp\u00e9rimentale demeure \u00e0 ce jour incapable de la d\u00e9montrer, ce qui va de plus \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9marche scientifique empirique, qui est pourtant fortement revendiqu\u00e9e par Saussure, que seuls les faits prouv\u00e9s et v\u00e9rifi\u00e9s int\u00e9ressent sa linguistique. Par-l\u00e0, depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es de la parution du <em>CLG<\/em>, plusieurs linguistes ont exprim\u00e9 leur suspicion au sujet du <em>CLG<\/em>. Certains ont remis en cause que beaucoup d\u2019id\u00e9es qui y sont \u00e9nonc\u00e9es soient celles de Saussure, alors que d\u2019autres se sont attel\u00e9s \u00e0 le d\u00e9cortiquer et rendre compte de ses d\u00e9fectuosit\u00e9s. Font partie de ces \u00e9minents linguistes et penseurs contemporains de Saussure&nbsp;: Antoine Meillet, Mikha\u00efl Bakhtine, Motoki Toki\u00e9da, \u00c9mile Benveniste, Michel Foucault, Roland Barthes, William Labov, Robert Lafont\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une lecture pouss\u00e9e et plus r\u00e9cente sur les critiques formul\u00e9es contre le <em>CLG<\/em>, voir&nbsp;: Simon Bouquet \u00ab&nbsp;Il faut relire Ferdinand de Saussure dans le texte&nbsp;\u00bb, [Entretien avec Laurent Wolf]. In Le nouveau quotidien, Gen\u00e8ve, 1997&nbsp;; Simon Bouquet, <em>Introduction \u00e0 la lecture de Saussure<\/em>, 2004&nbsp;; MEJ\u00cdA QUIJANO C. \u201cRudolf Engler. L\u2019ouvrage d\u2019un philosophe artiste\u201d. In Cahiers Ferdinand de Saussure (58) : 5-19, 2006&nbsp;; MEJ\u00cdA QUIJANO C. \u00ab&nbsp;Sous le signe du doute. Pr\u00e9sentation des textes de E. Constantin&nbsp;\u00bb. In Cahiers Ferdinand de Saussure (58) : 43-67, 2006&nbsp;; Sofia Estanislao. Qui est l\u2019auteur du Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale ? Recherches s\u00e9miotiques \/ Semiotic Inquiry, 34(1-2-3), 39\u201357, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est de ce dernier article que nous avons tir\u00e9 les r\u00e9f\u00e9rences ci-dessus&nbsp;; et il en contient d\u2019autres encore. Notons de plus que l\u2019auteur a consacr\u00e9 d\u2019autres \u00e9crits \u00e0 ce sujet, dont figurent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Petite histoire de la notion saussurienne de \u2018\u2019valeur\u2019\u2019&nbsp;\u00bb. In Parall\u00e8les floues. Espaces th\u00e9oriques du langage. Cl. Normand &amp; E. Sofia. Louvain-la-Neuve : Academia, 2013&nbsp;; \u00ab&nbsp;Cent ans de philologie Saussurienne. Lettres \u00e9chan-g\u00e9es par Ch. Bally &amp; A. Sechehaye en vue de l\u2019\u00e9dition du Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb. In Cahiers Ferdinand de Saussure (66) : 181-197, 2013&nbsp;; La collation Sechehaye du \u2018cours linguistique g\u00e9n\u00e9rale\u2019 de Ferdinand de Saussure (1913). \u00c9dition, introduction et notes par E. Sofia. Leuven : Peeters, 2015&nbsp;; Le CLG \u00e0 travers le prisme de ses (premi\u00e8res) r\u00e9ceptions. Cahiers Ferdin-and de Saussure, Vol. 69 ; pp. 29-36, 2016 ; \u00ab&nbsp;Quelle est la date exacte de publication du CLG&nbsp;?&nbsp;\u00bb, Cahiers Ferdinand de Saussure, pp. 9-16.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre cela, mis \u00e0 part les critiques que l\u2019ouvrage a re\u00e7ues, d\u2019autres linguistes ont aussi critiqu\u00e9 quelques-uns des concepts saussuriens, et de la conception que Saussure en a eu et de sa m\u00e9thode d\u2019analyse. Parmi ces concepts figurent les notions de <em>langue*<\/em>, d\u2019<em>arbitraire* <\/em>du signe*, de <em>valeur*<\/em>, les dichotomie langue\/parole, synchronie\/diachronie, etc. Ainsi un des premiers linguistes ayant constat\u00e9 et rapport\u00e9 les contradictions du CLG, est le Japonais Motoki Toki\u00e9da (1900-1967).<\/p>\n\n\n\n<p>Je rapporte ici un \u00e9chantillon de ses critiques cit\u00e9 par Eisuke&nbsp;Komatsu (\u00ab&nbsp;La critique de la th\u00e9orie saussurienne d\u2019apr\u00e8s Motoki Toki\u00e9da (1941)&nbsp;\u00bb (Linx Revue des linguistes de l\u2019universit\u00e9 Paris X Nanterre 7 | 1995&nbsp;: 258-262). Voici la traduction (de Catherine Garnier) l\u2019extrait.<\/p>\n\n\n\n<p>Saussure a voulu, pour des raisons m\u00e9thodologiques, ne pas prendre comme objet le langage concret qui est notre exp\u00e9rience. Il a voulu isoler \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du langage concret, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et multiforme, quelque chose qui soit homog\u00e8ne et uniforme. Il a fait de cette entit\u00e9 l\u2019objet de sa recherche, l\u2019a appel\u00e9e \u00ab langue \u00bb, l\u2019a reconnue comme \u00e9tant un objet psychique, association d\u2019une image acoustique et d\u2019un concept, et l\u2019a d\u00e9finie comme ayant une existence s\u00e9par\u00e9e, \u00e9tant un fait social ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019individu. La langue prise comme objet est cens\u00e9e poss\u00e9der une organisa-tion structur\u00e9e. Elle n\u2019a de lien avec le sujet parlant que quand il l\u2019utilise. Mais Saussure ne d\u00e9finit pas clairement le lien entre le sujet et cet objet ainsi utilis\u00e9. La plus grande contradiction de Saussure c\u2019est que, si la langue est l\u2019objet de la linguistique l\u2019observation concr\u00e8te ne peut se faire que sur la parole. Toute la th\u00e9orie de Saussure n\u2019est alors que le r\u00e9sultat d\u2019une sorte d\u2019objectiva-tion du langage pour r\u00e9pondre \u00e0 des pr\u00e9occu-pations m\u00e9thodologiques. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela \u00e9tant pos\u00e9, la <em>linguistique<\/em> postsaussurienne a connu quant \u00e0 elle la naissance de plusieurs \u00e9coles, dont trois sont principales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019\u00e9cole de Prague [capitale de la R\u00e9publique tch\u00e8que], fond\u00e9e par [Nicola\u00ef] Troubetsko\u00ef [1890-1938,\u00a0linguiste rus-se], et [Roman] Jakobson [1896-1982,\u00a0linguiste russo-am\u00e9ricain]. Cette \u00e9cole a cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920-1930 la phonologie*, \u00e9tude des sons* d\u2019une langue par leurs relations r\u00e9cipro-ques, et tent\u00e9 d\u2019adapter cette \u00e9tude aux autres niveaux de la langue (morphologie* et synt-axe*)\u00a0; la th\u00e9orie* de cette \u00e9cole porte le nom de fonctionnalisme, car les \u00e9l\u00e9ments de la langue* (on appelle <em>\u00e9l\u00e9ment de la langue <\/em>ou<em> \u00e9l\u00e9ment linguistique <\/em>toute unit\u00e9, item grammatical ou item* lexical, qui forme* le constituant d\u2019un synt-agme ou d\u2019une phrase*\u00a0; on appelle aussi <em>\u00e9l\u00e9ment linguistique<\/em> des suites de morph\u00e8mes*, comme les mots*, les syntagmes*, les phrases, ou encore tout phon\u00e8me*, constitu-ant d\u2019un morph\u00e8me. On dit aussi <em>\u00e9l\u00e9ment d\u2019expres-sion<\/em>) sont d\u00e9fi-nis par leur fonction dans le cadre de la communi-cation.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019\u00e9cole de Copenhague [capitale du Danemark], compos\u00e9e de [Louis] Hjelmslev\u00a0[1899-1965, linguiste danois : fonda-teur de la gloss\u00e9matique, \u00e0 partir des pens\u00e9es de Saussure] et de Togeby) a fond\u00e9 une th\u00e9orie <em>linguistique<\/em> qui tente de serrer de plus pr\u00e8s l\u2019id\u00e9e saussurienne que la langue est forme et non substance\u00a0; les pr\u00e9tendus \u00e9l\u00e9ments constitutifs de la langue ne sont que des faisceaux de relations. Il s\u2019agit donc d\u2019une alg\u00e8bre de la langue.<\/li>\n\n\n\n<li>Une puissante \u00e9cole <em>linguistique<\/em>, dite structu-rale, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, notamm-ent sur le terrain ethnologique. [L\u00e9onard] Bloomfield [1887-1949, linguiste am\u00e9ricain], (v. 1930-1940) est le principal repr\u00e9sentant de ce courant hostile au \u00ab\u00a0mentalisme\u00a0\u00bb (conception selon laquelle le contenu est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant de la structure de la langue, Larousse 2010), qui abuserait d\u2019explications psychologiques\u00a0; pour assurer l\u2019objectivit\u00e9 de la description, il rejette l\u2019analyse du sens. Le plus remarquable d\u00e9veloppement de ces th\u00e8ses est le \u00ab\u00a0distributionnalisme\u00a0\u00bb de [Zellig] Harris [1909-1992, linguiste am\u00e9ricain], (v. 1950), qui recense (dans un texte\u00a0: corpus) toutes les distributions des unit\u00e9s, puis consid\u00e8re comme \u00e9quivalentes les unit\u00e9s qui ont la m\u00eame distribution et les r\u00e9unit dans une m\u00eame classe. Mais la grande r\u00e9volution est due \u00e0 un de ses disciples, [Noam] Chomsky [1928\u00a0, linguiste am\u00e9ricain], qui a entrepris, vers 1957\u00a0, une critique radicale de la <em>linguistique<\/em> d\u2019inspiration structurale fond\u00e9e sur la distribution*\u00a0; par ex, un groupe de mots comme \u00ab\u00a0 la critique de Pierre\u00a0\u00bb, qui n\u2019a qu\u2019une seule formulation ( nom-pr\u00e9position-nom), recouvre en fait deux structures diff\u00e9rentes\u00a0: \u00ab\u00a0Pierre critique quelqu\u2019un \u00bb et \u00ab\u00a0Pierre est critiqu\u00e9 par quelqu\u2019un\u00a0\u00bb\u00a0; Chomsky a fond\u00e9 la grammaire g\u00e9n\u00e9rative et transformationnelle qui consid\u00e8re le langage* comme un processus par lequel tout locuteur* peut g\u00e9n\u00e9rer une infinit\u00e9 de phrases pertinentes et nouvelles<strong> (<\/strong><em>HACHETTE, ibid.<\/em>).<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>(Voir <em>supra<\/em>, <strong>sciences du langage<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2192 <strong>La scientificit\u00e9 de la linguistique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant une discipline scientifique, la <em>linguistique<\/em> requiert une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique. En d\u2019autres mots, elle exige une r\u00e9flexion rigoureuse et critique de la d\u00e9marche scientifique en l\u2019interrogeant sur ses postulats et les conditions de la validit\u00e9 de ses \u00e9tudes. La <em>linguistique<\/em> est une science car elle partage avec les autres sciences empiriques nombre de dominantes, autant au plan th\u00e9orique d\u00e9terminant ses m\u00e9thodes d\u2019analyse* que pratique, l\u00e0 o\u00f9 les chercheurs mettent en \u0153uvre les postulats conceptuels exig\u00e9s par le premier volet, c\u2019est-\u00e0-dire th\u00e9orique. Ceci d\u2019une part. La <em>linguistique<\/em> recense, d\u2019autre part, les caract\u00e9ristiques qui lui sont propres et par lesquelles elles se distingue de l\u2019ensemble des sciences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2192<\/strong><strong> La linguistique est une science empirique et descriptive <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La <em>linguistique<\/em> est une science empirique, parce qu\u2019elle explore les faits linguistiques suivant \u00ab&nbsp;le m\u00eame&nbsp;\u00bb paradigme de recherche que celui des autres sciences empiriques \u00e9tabli sur cinq \u00e9tapes maje-ures que sont l\u2019observation, le questionnement, les hypoth\u00e8ses*, l\u2019exp\u00e9riment-ation et la th\u00e9orisation*. La <em>linguistique<\/em> est aussi une science objective, car elle s\u2019\u00e9carte de la m\u00e9thode de la grammaire, qui elle est prescriptive.&nbsp; Autrement dit, la <em>linguistique<\/em> s&rsquo;int\u00e9resse aux ph\u00e9nom\u00e8nes langagiers tels qu&rsquo;on peut les observer et non tels qu&rsquo;ils devraient \u00eatre conform\u00e9ment \u00e0 tel ou tel autre \u00ab&nbsp;bon usage&nbsp;\u00bb. Le linguiste*, dans son explo-ration de la langue et du langage, prend en compte ce qui se fait ou se dit dans la r\u00e9alit\u00e9 et non ce qui doit \u00eatre dit. Le grammairien, rappelons-le, \u00e9dicte des r\u00e8gles coercitives et sur la base desquelles il lance des jugements en faveur ou \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019usager de la langue. Le linguiste, par contre, consid\u00e8re l\u2019utilisation de la langue comme un fait et commence \u00e0 partir de-l\u00e0 \u00e0 d\u00e9crire, \u00e0 s\u2019inter-roger, \u00e0 analyser et expliquer les m\u00e9canismes ou les tenants d\u2019une telle utilisation, quitte \u00e0 ce que celle-ci soit peu ou prou en d\u00e9calage avec la norme grammaticale. Ainsi en substitut des jugements de valeur du grammairien, le linguiste \u00e9tablit des descriptions et relie les cons\u00e9quences des ph\u00e9nom\u00e8nes langagiers \u00e0 leurs causes.<\/p>\n\n\n\n<p>(Voir <em>supra<\/em>,<strong> linguistique).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais qu\u2019est-ce qu\u2019alors les sciences du lanagge<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame lign\u00e9e que la science linguistique, voire partageant la m\u00eame nomination en juxtaposition, et partageant le paradigme de recherche, celui de l\u2019empirie, mais avec beaucoup plus de rigueur scientifique, en red\u00e9finissant et optimisant les fondem-ents, les m\u00e9thodes et les outils d\u2019analyse du langage, <em>les sciences du langage<\/em> forment tout un complexe de disciplines scientifiques en association avec la linguistique dans l\u2019\u00e9tude du langage et des ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s le <em>Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage<\/em> (1994, pp. 416-417), ce terme, <em>Les sciences du langage<\/em> \u00ab&nbsp;regroupe la linguistique en tant qu\u2019\u00e9tude du syst\u00e8me en lui-m\u00eame et pour lui-m\u00eame avec les disciplines connexes, psycholinguistique et sociolinguistique notamment, et prend en compte \u00e0 la fois l\u2019aspect th\u00e9orique et l\u2019aspect applicatif des recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, distinctivement de la linguistique, qui est l\u2019\u00e9tude de la langue en elle-m\u00eame et pour elle-m\u00eame, <em>les sciences du langage<\/em>, \u00e9tant un champ plus moderne et amplement ouvert sur la pluridisciplinarit\u00e9, tirent de domaines vari\u00e9s (sciences dures et sciences molles) non d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la base aux \u00e9tudes sur le langage et les langues, telles que la biologie, la m\u00e9decine, la sociologie, l\u2019anthropologie, etc. Ces disciplines, en plus de l\u2019exploration de certains sujets li\u00e9s au langage, ont fourni beaucoup de concepts et de termes \u00e0 la linguistique, que les linguistes ont d\u00e9velopp\u00e9s et consacr\u00e9s dans leurs propres analyses. Les chercheurs en <em>sciences du langage<\/em> se proposent en fait d\u2018\u00e9tudier des faits et ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques et langagiers que la linguistique saussurienne a n\u00e9glig\u00e9s. Ils ont en effet d\u00e9pass\u00e9 ses limites de tr\u00e8s loin. Ainsi tous les faits que les Saussuriens ont \u00e9cart\u00e9s de la recherche linguistique, et qui se lient essentiellement au sujet parlant, au locuteur, \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019histoire, etc., <em>les sciences du langage<\/em> les ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et explor\u00e9s en profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Allant de la psychologie ou la sociologie depuis les ann\u00e9es 50 du si\u00e8cle dernier, et aboutissant \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine aux neurosciences ou encore au traitement&nbsp;automatique des langues (TAL), entre autres disciplines scientifiques, les linguistes se sont de plus en plus int\u00e9ress\u00e9s aux \u00e9tudes sur les langues r\u00e9alis\u00e9es par les scientifiques. <em>Les sciences du langage<\/em> ont en ce sens d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9volution (qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9largie \u00e0 un tr\u00e8s grand nombre de domaines, de sp\u00e9cialit\u00e9s et des th\u00e8mes, et ne cesse de s\u2019\u00e9largir) dans le champ des \u00e9tudes linguistiques. Elles ont marqu\u00e9 une \u00e9poque charni\u00e8re dans l\u2019\u00e9tude du plus \u00e9norme ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 l\u2019homme, qu\u2019est le langage et la langue humains. (Voir <em>supra,<\/em> <strong>Linguistique<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sentation succincte de la linguistique et des sciences du langage Abderrahmane Ayad Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, 257-271&nbsp;; et 354-356. &nbsp; pdf La linguistique est l\u2019\u00e9tude scientifique du langage humain et des langues naturelles. C\u2019est une \u00e9tude objective, descriptive et explicative. 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